Crise capillaire
Posted on | avril 15, 2009 | No Comments
J’ai changé de coiffeur. Pas de coiffure, de coiffeur … la coiffure on s’en tape. Depuis bien longtemps on n'attend plus de miracle et on sait que les voltigeurs à ciseaux ne peuvent finalement que peu de choses pour notre apparence extérieure. Au début on y a cru. Et on a même fait partie de cette horde de clients naïfs qui à la question fatidique « alors qu’est ce qu’on lui fait » répondent « la coupe de Georges Clooney dans Ocean Eleven c’est possible ? … La coupe oui, Clooney non, désolé. Et encore parfois on n’a même pas la chance d’avoir une « qualité de cheveux » permettant la coupe de Mr Clooney. Parfois même nos cheveux sont à l'exacte opposée de l'acteur hollywoodien … Alors maintenant quand l’artiste tailladeur lance sont « alors qu’est ce qu’on lui fait » on se contente de rétorquer « Ben on lui coupe les cheveux » en ricanant lorsqu’on entend un autre client demander au fond du salon et d’un voix timide « la coupe de Brad Pitt dans Fight Club, c'est possible? »… La coupe oui …
Une fois que l’on a intégré ce paramètre, on se satisfait de deux éléments primordiaux qui suffisent à notre bonheur lorsque vraiment on ne peut plus rien faire seul pour son ordonnancement capillaire :
- finalement, si on doit vraiment y aller c’est qu’il nous reste des cheveux, et c’est déjà ça.
- Au moins on a trouvé un petit salon sympa où on se sent bien, où le coiffeur n’est pas trop volubile et le café pas trop infâme.
Rien que ça devrait largement suffire à notre contentement. Et bien non, il a quand même fallu aller voir ailleurs (on doit d’ailleurs pouvoir trouver un parallèle intéressant avec le comportement des maris adultères mais ce n’est pas le propos ici).
Intérieur jour. Salon blanc à la décoration épurée. L’endroit est vide de client mais remplie d’une armée de spécialistes en blouses blanches qui si l'on en croit le sérieux avec lequel on est reçu doivent au moins bosser sur une arme de destruction massive dernière génération.
Le cobaye (encore décontracté) – Bonjour, bonjour …
Scientifique 1 (toujours pas et a priori depuis longtemps) – Bonjour.
Le cobaye – Heu j’aurais eu besoin d’une petite coupe mais je n’ai pas pris rendez-vous.
Scientifique 1 – Attendez je regarde si nous avons quelqu’un de disponible … (grand sourire faux cul) ah ben oui vous avez de la chance, Lucciano va s’occuper de vous …
Le cobaye – Lucciano, rien que ça … mais moi je suis venu pour une coupe hein, pas une "Quatre Fromages"… Ok, ok … l’humour, vous êtes pas fan …
Lucciano – Si vous voulez bien me suivre.
Alors oui il veut et en plus il aimerait que ça aille vite parce que la dernière fois qu’il s’est senti aussi mal à l’aise c’est à cause d'un fou rire pendant un enterrement. Naïvement il se dirige vers le bac à shampoing en espérant que ce n’est pas le virtuose italien qui va lui papouiller le cuir chevelu mais la petite brune à côté des bouteilles multicolores. Mais il est arrêté dans son élan à mi chemin par Lucciano qui l’assoit et lui dit qu’il doit d’abord étudier son implantation. Étudie mon gars. Et là ô surprise, il découvre qu’il a une morphologie capillaire vachement intéressante et que pour la mettre en valeur il faudra raccourcir mais pas trop et ébouriffer mais de façon organisée. Et ben on n’est pas sortis du sable … Heureusement qu’il est entouré de pointures.
Vient enfin le moment du tripotage de cheveux avec la jolie brune. Il est presque bien et se laisserait aller à la décontraction mais c’est à ce moment qu’elle lui assène « vous avez des antécédents capillaires ? Quelque chose de spécial ? ». Ah merde, il a pas révisé. Mais comme elle est mignonne il tente de répondre quand même … « tout ce que je peux vous dire c’est que d’un point de vue cardiaque, tout va bien » … silence … solitude … Il y’a donc deux moments où un homme doit absolument éviter l’humour potache : avec une femme quand il a trop bu et avec un coiffeur quand il ne l’a pas assez fait … Le reste du shampoinage, si l’on omet la tentative d’ébouillantage, se passe à peu prés bien. A la fin de ce dernier, on lui propose de choisir de la lecture pour l’occuper pendant que l’on papillonnera autour de son cuir chevelu. Comme ça pourrait signifier qu’on le laissera peinard et qu’on ne lui tiendra pas le crachoir, il accepte bien volontiers.
Erreur, Lucciano semble être persuadé que je suis le seul homme capable de faire plusieurs choses à la fois et j’ai beau déployer tous mes talents de comédien pour faire semblant de m’intéresser, comme si ma vie en dépendait, à un essai comparatif sur les cires et crème épilatoires, rien ne l’arrête.
Extraits des « meilleurs » passages…
- Vous avez des cheveux fins mais vous en avez beaucoup …
- Ah … quel bol …
- C’est hallucinant ce temps ! A n’y rien comprendre. Ce matin il pleut, puis le soleil arrive, puis il re-pleut …
- Ben oui c’est avril quoi …
- Vous voulez un café ?
- Vous avez pas un cognac plutôt ? … ah oui merde c’est vrai … pas d’humour … désolé
- Je vous mets un peu de crème pour les décoiffer … comme au saut du lit …
- Décoiffer… au saut du lit … avec vous qui me parlez dans le cou avec un faux accent italien … arrêtez j’ai des visions d’horreur … et posez cette crème, vous ne vous approcherez pas de moi avec ça tant que je ne saurai pas ce qu’il y’a dans la pot …
Trois quarts d’heure plus tard, l’otage était libéré. « Donne-lui tout de même une casquette dit mon père » …
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