La crise rend modeste
Posted on | mars 26, 2009 | No Comments
C’est la crise ! Ah bon ? Oui … Du coup depuis quelques mois déjà, nombre de spécialistes défilent sur nos ondes, nos pages de journaux, nos émissions de télé pour nous tenir informer de la situation du début de la fin du monde. On voit passer de tout : des politiciens bien entendu, des experts économiques, des travailleurs spoliés, des patrons désolés, le lot réglementaire d’artistes engagés (qui profitent de leur coucou de soutien à tous les futurs licenciés pour rappeler que le piratage c’est mal)… De tout on vous dit. Mais jusqu’à présent, au niveau de l’analyse, on avait à peu près évité le ridicule complet en se contentant parfois de l’inutile. Et bien ça y’est, réjouissons nous, la limite est allègrement franchie.
Au détour des pages d ‘un journal très sérieux, après avoir parcouru un article sur le Brésil de Lula (pour pouvoir faire le malin lors d’un prochain apéro) et un reportage dépaysant sur le îles Andaman (pour briller lors du prochain repas en tête à tête), on tombe nez à nez avec l’ultime analyse par l’ultime analyste … Karl Lagerfeld. Mais si, Karl Lagerfeld, le dandy à géométrie variable et catogan. Cet homme qui ne paraît tenir en un morceau que grâce à l’amidon de sa chemise. Et bien monsieur Lagerfeld se fait aujourd’hui le gourou de ce qu’il appelle lui même une " nouvelle modestie " dans le monde du luxe. Selon sa définition il s’agirait d’une " non-agressivité de la qualité, du luxe et du raffinement, une espèce de réserve élégante " … hum moui mais encore ? Réponse derrière les lunettes noires : "des vêtements efficaces, bien coupés, pleins de fraicheur et agrémentés d’accessoires spectaculaires mais amovibles : pour remonter le morale il faut que la mode soit démontable ! ". Youpi !
Bon on reprend doucement … " Non agressivité de la qualité ", ça ok, on va pas se mettre à faire des pull en fils barbelés, bonne nouvelle … " Vêtements efficaces ", pareil, on voit … pas d’imperméables en mousse … " bien coupés ", c’est un minimum vus les tarifs de la profession. Si c’est pour se trimballer un pantalon avec un jambe plus courte que l’autre (ceci dit ils trouveraient le moyen d’appeler ça une " posture artistique ")… des " accessoires spectaculaires mais amovibles " … alors là, je sèche. Un par choc de Kangoo couvert de strass comme boucle de ceinture mais qu’on pourrait enlever pour s’installer à sa table au restaurant ? Ouf, nous voilà rassurés. Pour finir, l’histoire de la mode démontable (plus pratique pour se déshabiller sûrement) je patauge méchamment … D’un autre côté même le journaliste réalisant l’interview avait du mal à finir son article sans se moquer … Le bilan est tout de même que l’expression " nouvelle modestie " de la part d’un couturier qui a organisé un de ses derniers défilés sur la Grande Muraille de Chine … on ricane.
Mais soyons fairplay, n’étant pas spécialiste c’est sans doute un bonne dose d’incompréhension de ma part. C’est même sûrement ça parce que juste après je suis tombé sur un article qui traitait du martyre qu’endurent les mannequins lors des défilés à cause de la mode actuelle des talons surdimensionnés. Rendez-vous compte, on atteint des 8,5 cm de cambrure (je n’ai aucune idée de ce que ça peut être) ! Le passionnant débat (il faut que je change de journal moi) opposait les spécialistes défendant un " les pauvres, personnes ne peut avoir une démarche sexy avec ça aux pieds " (je n’avais pas le souvenir de mannequins à la démarche sexy lors de défilés) à d’autres, adeptes du " elles n’ont qu’à apprendre à marcher les gourdasses, c’est pas comme si on leur demandait d’apprendre à compter ".
Là, juste après un témoignage poignant d’une professionnelle s’étant étalée comme une crêpe à Milan, la preuve que je ne parle pas la langue sautait aux yeux : "On voit évoluer deux tendances chez les créateurs. D’un côté, on suit une amazone qui se réapproprie sa féminité grâce à la hauteur du talon plutôt carré, tout en restant ancrée dans la vie active via le plateau qui stabilise l’avant de la semelle. De l’autre, l’attitude est plus ambiguë, presque désexualisée, elle évoque une féminité brimée et fragile. Elle met plus mal à l’aise ". Mazette, moi qui croyais que les filles mettaient juste des talons pour paraître plus grandes …
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